J'ai marché longtemps hier, sur le chemin blanc, qui autrefois servait aux chevaux pour tirer la pierre blanche
de Bourgogne sur le canal. J'ai, comme à chaque fois, perdu la notion du temps et mon bon sens des réalistés m'a encore une fois quitté, au fil des mètres, puis des kilomètres. Ma lombalgie de
citadine trop souvent assise devant un écran s'est peu à peu atténuée, mon envie de cigarette aussi. Depuis six ans que je passe la majorité de mes week-end et vacances ici, je n'ai plus ces
horribles bronchites athmatiformes qui déchiraient mon souffle et ma poitrine. Tout au fond de moi, je sais que la vallée a sur moi un effet bénéfique, et j'ai beau faire croire que le
centre ville de Dijon est l'horizon que j'ai choisi comme avenir, je suis certaine que c'est ici que je veux vivre.
J'ai toujours cru que certains endroits avaient un pourvoir magique sur les gens. Pas sur tout le monde, certains lieux ont une attraction très forte sur certaines personnes. Que ce soit une
zone géographique, une maison, un carré de pelouse insignifiant peuvent vous happer, tout tenter pour vous garder jusqu à parfois l'impossible. La vallé de l'Ouche a cet effet là sur moi. Sa
brume, qui monte de la rivière, le rayon de soleil qui se reflète dans l'eau et innonde la pièce, les cerfs dans les jardins, les chasseurs, les collines, m'appèlent et m'entourent de leurs mains
invisibles. Parfois, cela me fait un peu peur, m'éloignant soudain de tout ce que je mets en oeuvre pour construire ma vie, me donnant envie d'abandonner, de rester ici, coûte que coûte. Je
sais bien, qu'on ne peut guère travailler ici, que le seul espoir est de trouver un boulot là-bas, en ville, et au mieux, venir dormir et bêcher mon jardin au crueux de mes douces collines. Je
sais aussi que la vallée n'aime pas cela, elle nous veut pour elle seule, elle ne supporte pas l'idée de nous partager avec la ville. Elle sait que nos coeurs se partagent, elle est jalouse. Ce
matin, je ressens fort cette jalousie, quand je prépare mon sac pour demain. Elle me tiraille, elle me souffle de rester. Elle met dans ma tête de jolis rêves, elle me fait croire que c'est
possible. Je résiste, j'évoque à voix haute dans la maison silencieuse toutes les bonnes raisons qui me font repartir, je m'accroche à la rationnalité, comme à une branche, qui je le sais, cédera
bientôt. Je sens la pression s'éloigner, elle relache l'étreinte sur mon coeur triste, j'ai gagné encore cette fois, mais jusqu'à quand?
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